Entretien : Rémi Chayé (Tout en haut du monde)

En 1882, Sacha, une jeune aristocrate russe, traverse l’Arctique pour remonter la trace du bateau de son grand-père, Oloukine, explorateur disparu sur le chemin du pôle Nord : avec Tout en haut du monde, Rémi Chayé signait en 2016 l’un des plus beaux films d’animation de ces dernières années.

Le réalisateur Rémi Chayé analyse Tout en haut du monde, détaille les expéditions réelles dont s’inspire son film et dévoile Calamity, son «pré-Western» prévu pour 2020.
_Par Pierre Gaultier

Article originellement publié dans le n°1 de Carbone (hiver 2017/2018).

Sacha, l’héroïne adolescente de Tout en haut du monde, suit un parcours initiatique qui consiste à se frotter à la réalité physique du monde. Avant d’entreprendre son voyage vers le pôle Nord, elle arrive au port d’Arkhangelsk et découvre le travail manuel à l’auberge d’Olga, loin de son cocon à Saint-Pétersbourg où elle était entourée de domestiques. Était-ce le cas dans le scénario d’origine ?
RÉMI CHAYÉ _ Non. Olga est apparue quand Fabrice de Costil a remanié le script, pour des raisons dramatiques : si Sacha embarquait directement sur le bateau en atteignant Arkhangelsk, le fossé qu’elle avait à combler entre son quotidien à Saint-Pétersbourg et sa vie parmi les marins était trop grand – la transition était si abrupte qu’on n’y croyait pas. Avec cette étape à l’auberge, nous obtenions une première épreuve qui faisait descendre Sacha de son piédestal de «princesse». Grâce à Olga, Sacha acquiert des compétences pratiques et sociales – comment aborder les matelots et leur capitaine –, et elle s’assure que le Norge constitue le bon navire pour mener sa quête à son terme. Ce «choc» préliminaire temporise le voyage et le film commence alors à prendre son rythme, avec des moments assez jouissifs – le montage où Sacha devient progressivement une serveuse hors pair par exemple.

Pour définir le style tout en aplats de Tout en haut du monde, le directeur artistique Patrice Suau s’est nourri des affiches publicitaires créées dans les années 40 et 50 par les compagnies ferroviaires américaines.

Sacha confronte ensuite son savoir théorique – ses cartes et ses livres – à la réalité de l’Arctique et de la coexistence collective avec un équipage.
Oui. Son histoire, c’est celle d’une gamine qui, en apprenant les humains, va plus loin que son grand-père, Oloukine. C’est la grande arche narrative du personnage : contrairement à Oloukine qui était capable de tout sacrifier – son bateau, ses hommes – pour conquérir le pôle, Sacha s’aperçoit qu’elle fait partie d’un groupe et que c’est la solidarité qui va lui permettre de s’en sortir.

«Je suis un matelot et un charpentier naval frustré, mais je le vis par procuration à travers mon amitié avec Sébastien Godard, animateur et marin, qui a conçu le Norge, le navire de Tout en haut du monde»
(Rémi Chayé)

Les couleurs des décors expriment le cheminement de Sacha.
Oui. Les teintes roses, vertes et jaunes de Saint-Pétersbourg, ainsi que ses toits dorés, transmettent parfaitement l’idée d’une enfance protégée. Ensuite, nous racontons comment une jeune fille fait le deuil de son pépé. À l’instar d’Énée qui descend aux Enfers dans l’Énéide, Sacha atteint le pays des morts, des contrées septentrionales dépourvues de lumière, et peu à peu nous désaturons – jusqu’à utiliser des blancs quand elle retrouve Oloukine, qu’elle laisse littéralement et symboliquement partir.

Vous avez rencontré Pete Docter dans les locaux de Pixar, et son Vice-Versa (2015) insiste justement sur l’importance de ne pas refuser la tristesse pour grandir.
Au début, Tout en haut du monde était le récit d’un échec : Sacha affirmait qu’Oloukine était vivant alors qu’il était mort. Avec Fabrice, nous avons reconstruit le script pour le muer en un film positif et joyeux : le carnet de bord que Sacha découvre sur le corps gelé d’Oloukine devient en définitive la solution pour sauver tout le monde, car il contient les coordonnées de son bateau, le Davaï, qui va permettre le retour au bercail. Cette tragédie se transforme en clé de la survie. Sacha vient juste d’accepter qu’elle ne reverra plus Oloukine, et elle renaît. «Un être cher continue à vivre en toi, et son décès t’autorise à avancer» : c’est ce dont on voulait parler aux enfants, sans qu’ils chialent tous à la fin – ce qui aurait pu arriver (rires).

Illustration préparatoire pour le Davaï, le navire du grand-père de l’héroïne de Tout en haut du monde, fortement inspiré de l’Endurance à bord duquel Ernest Shackleton a traversé l’Antarctique en 1914.

Dans votre film, le dernier acte – celui où le protagoniste revient chez lui, changé par ce qu’il a traversé – se limite à une poignée de dessins pendant le générique, qui montrent les retrouvailles de Sacha avec ses parents. C’est un choix inhabituel.
Oui. Nous avons étudié toutes les solutions, et toutes réduisaient la portée du parcours de Sacha. Si le tsar la couvrait de roubles pour la récompenser d’avoir mis la main sur le Davaï, tu te disais : «Elle a gagné de la thune, bravo !» Si le jeune mousse, Katch, intégrait l’école de marine grâce au piston du père de Sacha, tu te disais : «Cool, elle a fait ça pour rencontrer un mec!» Par conséquent, nous avons estimé que les ultimes secondes du film suffisaient : à bord du bateau, Sacha se rend compte qu’elle a trouvé sa place et elle regarde un à un tous les membres de l’équipage avec des yeux différents, plus bienveillants. C’est ça qu’elle a gagné. Ce qu’elle va faire de sa vie, c’est à elle de l’écrire, et nous n’avons pas envie de dire aux enfants : «Tout ça pour ça !» Tout ça pour le fric, non. Pour la médaille, non. La gloire, non. Le mariage, surtout pas ! À partir de cet instant, Sacha a accouché d’elle-même : elle est une aventurière. Mais à cause de cette fin, tous les enfants nous sont tombés dessus lors des 80 projections publiques auxquelles j’ai participé en France (rires). Ils disaient que c’était trop court, que c’était frustrant, que ça n’allait pas, parfois de manière véhémente. Ils sont habitués à des récits qui se concluent de façon très fermée. Si nous avions été Américains, nous aurions eu des séances tests et le producteur aurait ajouté un million de dollars pour fabriquer une «vraie» fin (rires).

«En Mongolie, je souhaitais louer une moto et traverser le pays pour peindre dans la nature, et mon guide m’a dit : « Ne fais jamais ça ! C’est ton squelette qu’on retrouvera. Il n’y a personne ici. »»
(Rémi Chayé)

Le lien entre Sacha et Oloukine résonne-t-il en vous ?
Oui, beaucoup. Mon propre pépé, Gaston, était charron, et il s’est lancé dans un long trajet en sabots vers la préfecture dans l’espoir d’un avenir meilleur. Il a gravi peu à peu les échelons sociaux pour finir commerçant de fromage. C’était un bonhomme marrant, qui n’avait plus qu’une seule dent quand je l’ai connu. Il m’a transmis le plaisir des outils et du travail manuel.

Vous sentez-vous l’âme d’un explorateur ?
D’un voyageur en tout cas. J’ai pris le Transsibérien Moscou-Pékin via Oulan-Bator pour aller en Mongolie – j’adore les grands espaces. Ce périple m’a inspiré pour le parcours en train de Sacha, qui ne dure que quelques plans. Les tableaux fantastiques d’Ivan Chichkine sur les énormes forêts russes m’ont également marqué. Le dessin est une façon de s’échapper et de matérialiser ce qu’on ne peut pas voir – c’est ce qui m’a motivé quand j’étais petit. Les bouquins d’Yvon Le Corre, notamment Les Outils de la Passion, me fascinent. C’est un peintre navigateur qui construit des bateaux, des gréements à l’ancienne. Ses croquis splendides de ports et de cités lacustres font rêver. Je suis un matelot et un charpentier naval frustré, mais je le vis par procuration à travers mon amitié avec Sébastien Godard, animateur et marin, qui a conçu le Norge, le navire de Tout en haut du monde.

«Les chaudières de l’époque nécessitaient d’extraire les dépôts salins» : les recherches précises et documentées de l’animateur et navigateur Sébastien Godard pour le Norge, le bateau de Tout en haut du monde.

Les expériences de Sébastien ont-elles nourri le film ?
Pour apprendre son métier, il s’était rendu en Suède sur un chantier naval, et c’est là qu’il a trouvé le modèle du Norge : un brick-goélette, le Tre Kronor, qu’il a adapté et simplifié. Pour tracer les plans complets du Norge, il a demandé de l’aide à des marins et charpentiers qui s’occupaient du Tre Kronor, notamment pour remplacer le moteur essence moderne par un appareil à vapeur. Il nous a aussi indiqué comment faire les nœuds. Enfin, il a écrit les ordres du capitaine et suggéré que les membres de l’équipage les répètent en criant pour montrer qu’ils les ont bien compris, comme dans la réalité.

«Avec Calamity, nous voulons faire un pré-Western. Ce sera donc éloigné de l’imagerie du genre, celle de John Ford ou de Lucky Luke, avec les frontons des saloons et les estrades en bois. Ce sera l’époque d’avant, le wild total»
(Rémi Chayé)

L’expédition « Endurance » du Britannique Ernest Shackleton, que vous citez souvent, a eu lieu en Antarctique, pas en Arctique. En quoi vous a-t-elle influencé ?
Le périple de Shackleton a été relaté de manière précise dans des livres, il se déroule à la même période que l’histoire de Sacha [trente ans plus tard, de 1914 à 1916] et il consiste en des péripéties assez similaires – ils parviennent à subsister et à rentrer chez eux après la destruction de leur bateau. Pour nous, c’était d’abord une mine de renseignements sur les conditions de vie dans une région froide et à bord d’un navire. La séquence dans laquelle les matelots poussent des fragments de banquise avec des bâtons pour dégager la voie vient du documentaire South de Frank Hurley, qui accompagnait Shackleton et qui a également pris des photographies magnifiques de l’Endurance, ce vaisseau enneigé, englacé, qui a largement inspiré le Davaï.

RÉMI CHAYÉ _ «Les enfants, très perspicaces, remarquent que le nombre de chiens diminue au cours du film. Il faut savoir que lors de ces expéditions, on nourrissait les bêtes et les hommes avec les cadavres des canidés morts. C’est un aspect que nous ne voulions pas mettre en avant (rires)»

La montagne à deux «cornes» que gravissent Sacha et l’équipage lors du climax est impossible en Arctique puisqu’il n’y a pas de terre ferme. Vous avez donc plié la réalité aux nécessités dramatiques ?
Oui. Au départ, le troisième tiers du film manquait de tension. Ajouter cette ascension permettait d’accentuer les enjeux : Sacha promet qu’en montant, ils vont atteindre le Davaï, et le groupe se désagrège – la nourriture fait défaut, les hommes se battent, et ils ne trouvent rien au sommet ! Sacha perd ainsi son dernier allié, Katch, qui lui a fait confiance jusqu’au bout. Mais quand Sacha met enfin la main sur le carnet d’Oloukine, les hommes se fédèrent à nouveau autour d’elle. C’est vrai que cet obstacle escarpé n’est pas crédible en Arctique, et le film aurait pu s’approcher davantage d’une expédition au pôle Nord, celle du Norvégien Fridtjof Nansen, dont le bateau, le Fram, était pensé pour être soulevé par les glaces. Nansen raconte que les plaques entrent en collision, et que les enchevêtrements générés par la pression lui donnent parfois le sentiment d’être dans une ville. Mais leur hauteur dépasse rarement les dix mètres, alors que nous, nous en avons fait un pic gigantesque à la Jules Verne. Ce qui est frappant, c’est qu’à l’époque on ne connaissait pas le pôle Nord, c’était une terra incognita, de grandes zones de gris sur les cartes – la fin du monde, selon certains. Quand la femme de Nansen contemple le Fram qui disparaît à l’horizon, elle ne revoit son mari et n’a des nouvelles de lui que trois ans plus tard ! Lorsqu’ils partaient, ils ne savaient pas s’ils allaient revenir.

RÉMI CHAYÉ _ «Pour Calamity nous rêvons de partir en repérages dans le Wyoming, même si ce sera probablement à nos frais. En attendant, nous nous servons de références historiques et de Google Maps, qui nous permet de découvrir la région et les contreforts des Rocheuses»

Vous préparez votre second film, Calamity, un autre récit initiatique qui raconte cette fois une saison de l’enfance de Calamity Jane, en 1863. En quoi Martha Jane Cannary se distingue-t-elle de Sacha ?
En tout ! Sacha sort de son palais, alors que Martha Jane est déjà complètement dans le monde, sur son chariot, dans un état de survie permanente. Quand j’ai découvert que c’est l’accident de son père qui a contraint Martha Jane à s’occuper des chevaux, j’y ai vu un potentiel en matière de dramaturgie : c’est une jeune fille qui initialement n’est pas rebelle, qui accepte que son existence soit celle d’une fille, et qui à la faveur des circonstances goûte soudainement à la liberté qu’offre la vie d’un garçon (le port du pantalon, c’est bien pratique pour monter à cheval) et refuse de revenir en arrière. Ce qui m’intéressait, c’était de parler de ce qu’est une fille, de ce qu’est un garçon, et du prix que paie Martha Jane en traversant cette frontière. Elle va devoir trouver sa place dans un contexte difficile : sa mère est morte, sa famille a dû s’arrêter puis réintégrer de force un convoi plus rigide que celui du début, donc Martha Jane est déjà une exception au sein de cet environnement et sa position est fragile, ce qui accroît les enjeux. À l’image, il y a un contraste puissant entre les hommes, vêtus de noir, et les femmes, habillées en blanc et couvertes d’un fichu. Les délimitations entre les genres sont très nettes, ce qui accentue encore l’intensité du conflit entre Martha et le reste de cette communauté très traditionnelle. Notez bien que cette intrigue est inventée, d’où le sous-titre, «une enfance de Calamity Jane».

RÉMI CHAYÉ _ «Calamity se déroule sur une saison. Les pionniers prenaient la route en mai et atteignaient leur destination en décembre : si tu partais trop tôt, il n’y avait pas d’herbe pour les bêtes, et si tu arrivais trop tard tu subissais la neige. C’était un enjeu majeur»

Était-il particulièrement important à vos yeux de traiter ce thème aujourd’hui ?
Eh bien, ce sujet-là me motivait. Fabrice et Henri Magalon, mon producteur, l’ont validé tout de suite. Mais c’est vrai qu’en ce moment il y a un bouillonnement autour de l’empowerment des filles, et en parler aux enfants, c’est chouette. J’arrive du festival Cinekid à Amsterdam, où une vingtaine de films étaient présentés, et l’idée que le protagoniste soit une héroïne est presque devenue une tarte à la crème. Cela a beaucoup changé en cinq ans, et je m’en réjouis – il était temps !

«Avec Calamity, j’aimerais restituer à l’écran le sentiment de risque associé aux espaces sauvages, et cette idée que pour survivre, il faut rester accrochés les uns aux autres et s’entraider»
(Rémi Chayé)

La conquête de l’ouest et la ruée vers l’or charrient un puissant imaginaire cinématographique. S’agira-t-il d’un simple arrière-plan ?
Nous voulons faire un pré-Western. Ce sera donc éloigné de l’imagerie du genre, celle de John Ford ou de Lucky Luke – avec les frontons des saloons et les estrades en bois. Ce sera l’époque d’avant, le wild total, des espaces où il n’y a pas encore des villes tous les 200 kilomètres – quand on arrive à Offspring à la fin de la deuxième partie, c’est un simple village de tentes et d’abris. Nous nous imprégnons de récits de voyage, notamment The Oregon Trail : Sketches of Prairie and Rocky-Mountain Life de Francis Parkman (1849), et de films comme La Rivière sans retour (pour les décors) ou L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (pour les costumes).

RÉMI CHAYÉ _ «Pour Calamity, j’ai fait un schéma du parcours géographique que suit l’héroïne, avec des petits symboles. À mon école de cinéma, La Poudrière, je me souviens qu’une copine biélorusse me disait, avec son accent : « Les géographes c’est ceux qui mettent le paysage en prison. » (rires)»

L’Ouest américain sera-t-il un obstacle, comme la banquise a pu l’être dans Tout en haut du monde ?
Ce sera un danger, et j’espère qu’on aura davantage de temps pour communiquer le gigantisme des espaces. Ce que j’ai découvert dans The Oregon Trail, c’est que sur un convoi, quand un mec part chasser, parfois il disparaît et ne revient jamais. En Mongolie, j’avais dit à mon guide que je souhaitais louer une moto et traverser le pays pour peindre dans la nature, et il m’avait répondu : «Ne fais jamais ça ! Si tu te brises une cheville ou si tu tombes dans un trou, c’est ton squelette qu’on retrouvera. Il n’y a personne ici.» Donc j’aimerais restituer à l’écran ce sentiment de risque, et cette idée que pour survivre, il faut rester accrochés les uns aux autres et s’entraider.


Calamity «Nous visons Cannes 2020»

RÉMI CHAYÉ _ «Pour Calamity, nous entrons en préproduction (story-board et design) en janvier 2018, et normalement en fabrication à l’automne 2018. Nous visons Cannes 2020, pour une sortie fin 2020. Notre budget prévisionnel s’élève à 8,4 millions d’euros, mais je pense que, comme pour Tout en haut du monde, nous allons être obligés de réduire les coûts et la durée initiale, qui est de 80 minutes – dix minutes, ça revient à un million d’euros, ça va vite ! Nous bouclons actuellement le budget [l’entretien a eu lieu en novembre 2017], donc rien n’est fait et tout est encore très fragile – il n’est pas facile de fabriquer des films en 2D aujourd’hui. Mais nous avons obtenu l’avance sur recettes auprès du CNC pour le deuxième collège, qui examine les demandes des personnes ayant déjà réalisé au moins un long-métrage. C’est une bonne nouvelle car tout le cinéma français sollicite cette aide financière – y compris des metteurs en scène de dimension européenne – et il est par conséquent très dur de la décrocher, surtout pour un dessin animé. D’autant que nous nous adressons aux enfants – pas de sang, peu d’armes –, même si nous essayons que les adultes y trouvent leur compte.»

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